Construire ensemble un projet pour Roubaix et son territoire, avec les citoyens

CONSTRUIRE ENSEMBLE UN PROJET POUR LE TERRITOIRE ROUBAISIEN ET POUR SES HABITANTS 

Nous vous proposons construire ensemble un projet citoyen pour Roubaix. Nous vous proposons ce texte de lancement dont le seul but est de susciter des contributions. La situation de Roubaix et de son territoire est hors normes ; elle combine une créativité exceptionnelle et des difficultés sociales très lourdes. Il appartient aux citoyens de s’emparer de ces questions. Ceci n’est pas un projet ; ceci n’est pas un programme ; ceci est une « mise de départ » pour une discussion collective. 

La construction politique doit désormais éviter plusieurs pièges qui ne font que renforcer le rejet des politiques et de l’abstention

  • Faire un programme plein de « mesures » pour satisfaire tout le monde sans donner de vision
  • Faire des promesses qu’on ne tiendra pas
  • Opposer la parole des experts et celle des citoyens au nom du réalisme ou de la technique.

Dans cette ville, il y a plein d’idées, portées par des citoyens qui les mettent en pratique. La question du « mode de production » du projet est au cœur du renouvellement politique. Nous voulons faire de Polymère un des pôles de construction d’un projet branché sur le réel at qui ne cède pas sur les valeurs.

Une situation hors normes

La situation sociale des roubaisiens est hors norme. Avec un taux de chômage revenu à son étiage de 1994, avec un taux de pauvreté de 41% qui situe Roubaix dans les villes les plus pauvres de France, comme Aubervilliers, Vaulx-en-Velin ou les quartiers Nord de Marseille, la seule ville des Hauts de France où le décrochage scolaire ne recule pas, Roubaix est dans la Métropole la ville de toutes les inégalités. Elle concentre le plus vaste territoire en « quartier prioritaire » et des indicateurs de revenu les plus bas. De ce fait ce territoire est dans une situation plus grave que les villes voisines ou que le croissant sud de Lille.  Les inégalités au sein de la Métropole se maintiennent et s’aggravent.

Cette concentration de pauvreté est le fruit de tendances lourdes :

  • Les conséquences de longue durée de l’histoire économique de la ville. Ville prolétaire textile, abandonnée par les capitaux textiles, qui se sont reconvertis dans les médias, le luxe, l’hôtellerie, la construction, la distribution et la vente à distance, aux affres de la désindustrialisation. L’oligarchie économique locale a une immense responsabilité dans ce désastre qui a fait de Roubaix une friche et affaibli ses habitants (faible formation, misère culturelle, problèmes de santé, logements dégradés)

 

  • Les conséquences de longue durée des migrations des années de plein emploi. Toute une population a vu ses perspectives d’inclusion brisées par le chômage puis la discrimination, et sa volonté de promotion freinée par les freins mis à l’accès au logement, par le maintien délibéré de zones de logement insalubre pour fixer ces populations.

 

 

  • Mais il faut aussi interroger les politiques de l’Etat et de la Métropole qui ont privilégié le versant lillois, déserté la réhabilitation des quartiers textiles au profit du vieux Lille et de la ville nouvelle, accepté la désindustrialisation au nom des dogmes de l’attractivité tertiaire.

 

  • Enfin la crise de 2007 a frappé ici plus qu’ailleurs en rejetant dans la précarité ceux qui commençaient à relever la tête, et en ruinant les marchés immobiliers.

 

Il faut tirer les conséquences de cet état de fait, produit d’un siècle d’exploitation et de 60 ans de crises.

  • Dans un contexte fragile (faible relance économique du pays, Hauts-de-France à la traîne, Métropole qui crée relativement peu d’emplois tout en aspirant les forces de son territoire, ce qui l’affaiblit durablement), le recul des indicateurs sociaux négatifs, même avec des politiques volontaristes nécessaires, sera lent. Il faut le dire.

 

  • Une économie invisible, entre délinquance et débrouille, structure des territoires ; elle est nécessaire à la survie, elle installe les gens dans un autre monde, qui entretient avec le monde balisé par la statistique des rapports d’opportunité (une aide sociale par ci, un CDD par-là) ; elle explique pourquoi ça ne craque pas plus ; elle constitue le non-droit en règle, mais elle est aussi le vivier de multiples compétences.

 

  • Le « vivre ensemble » régulièrement célébré par des fêtes de l’amitié ou interculturelles, est devenu un fantôme. Le tissu associatif est affaibli et laissé à ses problèmes ; les classes sociales cohabitent mais partagent peu ; des modes de vie différents coexistent avec des temporalités qui ne se rejoignent pas ; la poussée du séparatisme culturel à base religieuse prospère. La violence domestique se banalise.

Réorienter les politiques métropolitaines

Autant dire qu’il faut prendre acte de l’obsolescence de certaines pratiques et de certains dispositifs, mettre chacun devant ses responsabilités et notamment réorienter les politiques métropolitaines.

Notre hypothèse serait de

  • Mobiliser l’Europe, l’Etat et la Région avec aussi des partenaires privés prêts à réinvestir un territoire qui leur a permis de décoller.
    • Identifier sur le territoire national 10 à 15 territoires dont la difficulté et les risques qui y sont associés (montée en puissance de la délinquance ultra, radicalisation, white flight…) exigent une concentration de moyens et de nouvelles méthodes. La méthode est majeure : l’expérience ancienne montre que la complexité administrative ralentit les mesures jusqu’à en annihiler les effets.
    • Mener une intense campagne de mobilisation des investisseurs privés autour d’un récit mobilisateur : » Venez à Roubaix investir dans la réussite de la transition et de l’innovation ; devenez les experts identifiés de la résolution des problèmes urbains contemporains».

 

  • Faire un bilan critique, objectif, des 50 ans de la Métropole et proposer une réorientation forte des politiques favorables à l’agenda roubaisien.

L’agenda roubaisien

Mais quel est cet « agenda roubaisien « ? Il s’agit de rompre avec une vision simpliste de l’attractivité comme avec la vision défaitiste de la décroissance pour prendre le drapeau de la transition et de la résilience.

Il faut surtout inventer un nouveau récit. Les « récits « précédents ont vanté l’exception roubaisienne ; la fierté est belle mais ne doit pas devenir une rhétorique. Ils ont parlé de renouvellement. Mais on sait aujourd’hui que les réussites exemplaires de cette période, comme le Musée, ne suffisent pas.

Notre récit est celui de la transition ; ce doit être une politique pour tous les roubaisiens et non pour 25% d’entre eux ; ce doit être une politique pour et avec la jeunesse.  La jeunesse doit être le fil conducteur de l’action.

  • Pour l’éducation qui nécessite de créer un vrai service éducatif périscolaire, complémentaire des écoles, collèges et lycées.
  • Pour la formation, la mobilité internationale et l’accès à l’emploi
  • Pour la qualité de l’offre de sports, de culture et de loisirs, par la reconnaissance prioritaire des pratiques jeunes et celle des acteurs de proximité, projets culturels de quartier, clubs sportifs…
  • Par la mobilisation, insuffisante à ce jour, contre les discriminations qui passe aussi par la valorisation de l’excellence et des talents.
  • Par la prévention contre les risques qui la menacent : addictions, violences, radicalisations

Il s’agit aussi de reconnaître que la jeunesse est pleinement dans la mondialisation. Une partie de cette jeunesse est héritière de familles venues du Maghreb et d’Afrique noire. Or ces régions, en regardant plus loin que les incertitudes et convulsions présentes, sont promises à un fort développement. Notre ville et notre région peuvent devenir des partenaires forts de ce développement souhaitable, en s’appuyant sur l’énergie de la jeunesse et des habitants en lien avec ces territoires.

Emploi et développement économique. S’il faut poursuivre le développement des pôles économiques OVH, Redoute, Image, Commerce, en y ajoutant Mode-Textile, la préoccupation de l’accès à l’emploi doit redevenir centrale en ouvrant deux chantiers majeurs

  • La formation des jeunes avec la création d’une grande école du numérique et des technologies vertes
  • La « réindustrialisation » du territoire avec la création d’un pôle d’économie circulaire sur le modèle de Vitamine T et avec la création d’une entreprise de territoire (sur le modèle du Pôle Archer à Romans) orientée dans la rénovation thermique des bâtiments.

Logement et habitat

Les études ont montré que le maintien d’un haut niveau de pauvreté n’était pas le seul fait de la faiblesse des résidents mais devait beaucoup aux mobilités résidentielles qui conduisent à accueillir plutôt des ménages en difficulté dans le parc privé dégradé, ménages qui espèrent quitter la ville quand ça va mieux, et moins des ménages en dynamique sociale, qui peuvent aimer un temps l’ambiance et le faible prix des logements mais quittent la ville au bout de quelques années quand les enfants grandissent.

Nous récusons la stratégie qui consisterait à accepter de se spécialiser dans l’inclusion, d’être une turbine de l’insertion, dédiée au « recyclage » des populations rejetées par les autres. Afficher avec fierté d’être une ville populaire, jeune et multiculturelle, n’a rien à voir avec la soumission aux logiques de concentration de l’exclusion qui arrangent tout le monde, sauf la ville qui se retrouve spécialisée dans cette fonction, sans en avoir les moyens par cela même qu’elle est victime d’une charge sociale de plus en plus lourde, sans les moyens nécessaires.

Donc il faut assumer notre volonté de réduire le poids de la pauvreté et d’accueillir plus de familles en dynamique. Pour cela, il faut

  • Travailler avec les gens pour sortir de la pauvreté en construisant avec eux des services utiles et en valorisant les expertises de l‘économie invisible dans l’économie Sociale et solidaire. Poursuivre les actions d’inclusion vers l’emploi par la mobilité et la formation. Augmenter le nombre de postes accessibles.
  • Fermer les trappes à pauvreté du logement privé (habitat insalubre, division des maisons, suroccupation, dégradation des immeubles par des réhabilitations foireuses ou des locataires irresponsables, voire mise en insalubrité volontaire pour bénéficier de procédures d’urgence) d’une part en programmant un plan massif de démolitions, d’autre part en mobilisant les bailleurs et les occupants pour promouvoir le respect et la qualité.

 

  • Favoriser des occupations temporaires de friches et de fonciers vacants pour animer la ville et combattre les destructions.

 

 

Mais comme la question du logement ne saurait se résoudre dans le seul territoire de la ville, un nouveau pacte métropolitain devrait accélérer les efforts de constructions de logements. Dans le même temps, les règles du PLH doivent faire l’objet d’une évaluation sur Roubaix car actuellement, elles ne permettent pas d’inverser la spécialisation roubaisienne.

Aménagement du territoire

En plus de la question des transports qui doit intégrer le désenclavement des quartiers Nord et de Wattrelos, ainsi que la facilitation des liaisons avec les zones économiques belges, la MEL doit rompre avec cette complaisance sans équivalent en France avec les hypers de périphérie qui précarisent l‘emploi, détruisent les commerces de ville, mangent les surfaces agricoles et imposent la laideur sans nom d’une civilisation de la consommation et du gaspillage. Un grand plan commerce de ville doit être mis en œuvre.

Le territoire de l’Union au sens large doit faire l’objet d’un pilotage politique pour accélérer les réalisations. Actuellement, faute de pilotage des élus locaux qui sont responsables depuis longtemps de cet état de fait, ce qui a laissé tout le champ aux technocrates acquis à l’agenda lillo-lillois, de belles réalisations comme le CETI ou Kipstadium sont plantées là au milieu des herbes folles, de nombreuses friches sont vides, le canal n’a pas achevé sa mue.

Mais il faut aussi donner à Roubaix la couleur de l’innovation. De multiples programmes permettent aujourd’hui aux territoires de renforcer leurs capacités d’innovation responsable : Pôles territoriaux de compétence économique, Territoires d’innovation et de grande ambition, French Impact. Roubaix est trop absente de ces dynamiques alors que tout est là pour faire de la ville et son territoire un pôle d’excellence de l’innovation responsable. Les thèmes sont connus :

  • Aller au-delà du 0 déchet pour créer une filière de l’économie circulaire offrant des emplois productifs dans le recyclage.
  • Créer une filière de la rénovation thermique
  • Ouvrir une grande école du numérique et des technologies durables
  • Devenir une référence de la transition en privilégiant les énergies renouvelables et en occupant les friches avec des projets et de l’agriculture urbaine
  • Inventer de nouveaux chemins pour l’éducation et l’inclusion sociale
  • Accompagner le réseau associatif en inventant de nouveaux modèles d’action, de gouvernance et de financement.

 

Gestion du quotidien et vie sociale

La qualité de vie est un droit et une condition. Si les résultats sur la propreté et l’animation du centre doivent être consolidés, la sécurité doit retenir toute notre attention.

Il faut constater la montée en puissance de filières délinquantes plus professionnelles, plus intégrées, plus violentes. Derrière la banalisation des lieux de deal, se cache un monde opaque dont le blanchiment est un des aspects les plus destructeurs de la ville et du lien social.

Mais l’insécurité, qui est d’abord l’exposition inégale à la violence sous quelque forme que ce soit (violence verbale, violences familiales, atteintes aux biens et aux personnes, risques liés à l’insécurité routière) est multiforme ; c’est elle qui conduit au repli et qui donne envie de partir. Plusieurs chantiers doivent être priorisés

  • Fermer des commerces liés au blanchiment, un des premiers facteurs de dégradation de l’offre commerciale
  • Faire du combat contre le harcèlement de rue un combat prioritaire
  • Lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants
  • Lutter pied à pied pour rétablir de l’autorité et du respect des règles : respect des services publics et de leurs agents, sécurité routière, propreté des rues.
  • Prendre au sérieux les risques liés à la radicalisation religieuse dans une ville qui a vu naître le djihadisme français en 1994.

La mise en place de la police du quotidien à partir de 2019 devrait être l’occasion dans les années qui viennent de construire enfin une stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance.

 

Mais on sait aussi que le lent travail d’accompagnement social, de présence auprès des gens, d’éducation quotidienne a des résultats en termes de sortie de l’exclusion et de mobilité sociale.  Or ce front est aujourd’hui dégarni. De nombreuses associations sont prises dans le piège de la réduction des moyens, les dispositifs de démocratie participative sont au point mort. Les agents publics sont soumis à toutes les formes de violence et leur motivation baisse.

Une restructuration claire est nécessaire. Sortir du clientélisme paresseux et de l’a peu près sera accepté si une autre voie est proposée.

  • Nous devons donner de la valeur au bénévolat qui représente l‘équivalent de 1000 emplois en objectivant cette contribution au bien commun, en encourageant la formation, en rétribuant l’engagement non par de l’argent mais par de l’accès aux loisirs et à la culture.

 

  • Nous devons faire des centres sociaux le réseau de proximité de référence en inventant avec eux des formes de mutualisation favorables à une saine gestion.

 

 

  • Nous devons clarifier le dispositif de démocratie participative en réorientant le conseil citoyen vers l’action et en ouvrant un vrai budget participatif.

Enfin, nous devons prendre au sérieux les risques de dégradation de la situation avec la confrontation du racisme et de la radicalisation religieuse. Promouvoir la laïcité, combattre toutes les   formes de racisme, c’est un seul et même combat.

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